Chut… Il dort avec sa maman
Mon fils, mon ombre de vingt-quatre ans,
Un jeune arbre plié par le vent,
Ta voix disait : « Ça va, papa, je tiens »,
Mais ton regard criait un autre destin.
À douze ans, le monde s’est brisé,
Ta mère, un soir, nous a été volée,
Une balle au cœur, un voleur sans nom,
Et toi, petit homme, perdu dans le grondement.
Tu disais : « Je vais bien », un masque si lourd,
Mais la nuit, seul, tu cherchais l’amour,
Dans des pilules, des gorgées amères,
Opiacés, benzo, codéine en rivière.
Quatorze ans, et déjà ce refuge,
Un sirop pour noyer le déluge,
Tu murmurais : « C’est pour rester debout »,
Mais chaque dose te volait un bout.
Je t’ai vu glisser, mon enfant, si discret,
Souffrir en silence, hurler sans bruit,
Je voulais t’atteindre, briser ce mur,
Mais tes chaînes étaient d’une autre nature.
Et puis, un matin, le silence total,
Ton souffle éteint, ton corps si pâle,
Les flacons vides, ton ultime adieu,
Mon garçon, parti rejoindre les cieux.
Je t’écris ces lignes, les mains tremblantes,
Un père brisé, une âme vacillante,
Dans le silence, je porte ton poids,
Mon fils, mon amour, perdu dans l’effroi.